L’urgence médicale

L’urgence et sa salle
L'urgence
L’urgence

J’avoue, l’urgence est un endroit que je visite moins d’une fois par année.  Alors, avant de m’y rendre, je m’assure auprès d’info-santé si je dois absolument y aller, mettons que je préfère passer mon tour.

Mais bon.  Y’arrive parfois, malgré notre non vouloir que nous soyons dans l’obligation d’aller : à l’urgence.

J’avoue, quand je suis malade au point d’aller à l’urgence, c’est parce que, c’est URGENT !  Comme chacun d’entre nous le pensons, naturellement.

Transport

Premièrement, je dois m’y rendre.  Je suis à pied et fortement incommodée par la douleur.  Et, j’avoue également par l’absence d’absorption de nourriture.  Aussi, par le fait que ma magnifique Honda 92 a soudainement décidé de jouer au Transformer et se modifier en magnifique « Tracteur Le Bruyant qui casse les oreilles et attire les polices ».

Je texte ma nièce afin de lui demander si elle était occupée, si non, si elle voulait bien venir me porter à l’urgence.  Telle une amazone sur son magnifique destroyer flambant neuf, elle arrive à ma rescousse, moi, pauvre tante en détresse.

Changement

À mon arrivée à l’hôpital, je suis un peu perdue.  Je cherche les gros cartons avec des numéros dessus. Je m’aperçois que l’urgence est rendue aussi technologique que moi.  Je dois appuyer une seule fois, c’est bien écrit en gros « Une seule fois », sur l’écran pour obtenir un numéro.  Magie magie ! En touchant l’écran somme toute tactile, la « machine » me crache un numéro.  J’ai failli crier ma joie croyant avoir gagner un lot.

Je choisis une chaise, pas n’importe laquelle ! Une, plutôt seule afin de me tenir loin des bibittes, c’est-à-dire, les autres patients.

Pas aussitôt assise, l’infirmière sort et crie mon numéro ! Je bondis de ma chaise, je veux être certaine qu’aucun hurluberlu en profite pour s’introduire dans la salle avec l’infirmière.  Prétextant se sentir moins bien, je la connais cette tactique là pour essayer de passer plus vite pis ça marche PAS, il te couche en arrière sur une civière !

Bingo !

J’entre, je viens pour jeter mon numéro et l’infirmière crie : « NONNNN ! »

Heu… je fige dans une position digne d’une patineuse artistique qui tombe, sans tomber. Elle doit le scanner avant ! AHHHH ! Ok.  Désolée, je le savais pas.

Et là, je dois déballer mon histoire déjà racontée à info-santé.  Elle prend ma pression, ma saturation et me mets le thermomètre dans bouche.  Pourquoi elle pose toujours une question quand on a ça dans la bouche ??  Et là, elle veut me l’enlever mais je le tiens ben, elle tire dessus et me dit : ok, c’est assez.  Je me sens comme une petite fille, elle me gronde encore.

Inscription et examen

Elle me donne un magnifique sac signé « biohazard » avec un petit pot et une éprouvette.  Enfin ! Je vais pouvoir commencer à faire des expériences.

NENON ! Elle m’explique la procédure pour qu’on analyse mon pipi ! Je peux déjà donner le résultat, brouillé, année 1969, robe longue, odeur ammoniaquée.

Mon expérience et ma connaissance de mon pipi ne semble pas l’impressionner du tout.  Avec un sourire, elle m’explique d’aller faire mon inscription et faire le test.  Inscription ? Test ?  Vais-je me retrouver en médecine ?

Alors, je vais dans le corridor, à gauche, je vois le guichet, je m’assois et entame la discussion avec la dame.  Je lui dis que je trouve que l’urgence est rendue full techno, que je me suis fait chicaner deux fois !  Elle me trouve drôle.

Elle m’explique que je dois aller porter mon formulaire d’inscription (non admissible à l’école, heureusement, avec les frais qui augmentent sans cesse).  Je dois l’insérer dans la fente dans le mur… par chance que l’hôpital est en bon état!  J’aurais très bien pu la mettre dans une fausse fente et glisser mon formulaire entre deux, deux par quatre !

Échantillon

Je m’élance avec toute la rapidité dont ma vessie veut bien m’offrir vers la salle de bain.  Tout une épreuve, aller à la salle de bain publique, dans un hôpital, sans toucher à rien.  Un exploit.

Alors, malgré mes acrobaties, je m’efforce de remplir le fameux petit pot, le déposer, me reculotter .  Transférer le précieux liquide dans l’éprouvette, j’ai réussi à avoir le minimum requis.  Pas question d’échapper quoi que ce soit, au pire, je cracherai dedans.  Mais non !  Retourne à l’urgence, remettre le tout à l’infirmière.  Je peux enfin m’asseoir… confortablement, c’est vite dit.

Urgence technologique

J’observe autour de moi.  Je suis littéralement subjuguée par la nouveauté et la technologie dont une télévision à écran plat diffusant des messages instructifs.

Dont le premier, qui me fit nettement sourire et, pas juste moi.  Le message débutait ainsi : «  La salle d’urgence est un endroit imprévisible… ».  Je regarde ma nièce avec des yeux ronds et je m’exclame : « Un endroit imprévisible ? Comme quoi ? On va voir apparaître des lutins et des clowns par les portes ? ».

Deuxième annotation surprenante.  C’est écrit : « Félicitations ! Vous êtes enceinte ! ».  Moi et ma nièce, on se regarde rapidement et on se dit : « Heu… le test de pipi, ce n’était pas pour un test de grossesse là… ».

Non mais, par chance que j’ai passé une échographie dans l’après-midi, je savais TRÈS bien que je n’étais pas enceinte.

On se demandait à qui s’adressait le message car, personne n’a semblé sauter de joie.  Un homme semble avoir eu une faiblesse après la diffusion du message, pauvre lui, personne ne lui a encore expliqué que les hommes de tombent pas « enceinte ».

S’orienter dans les dédales de l’hôpital

Puisque nous étions encore à jeun, nous avons pensé d’aller à la cafétéria ou plutôt aux machines distributrices se chercher un encas !  J’aime leur machine à l’hôpital ! C’était écrit sur le sac de chips que c’était santé ! Oui ! Oui ! Chips, c’est sans T !

Je dois avouer que j’ai eu une certaine crainte de me rendre au sous-sol, ayant oublié mon GPS, je risquais fort bien me retrouver à la morgue ou à la laverie.  Mais non ! Quand même, j’ai laissé des bouts de ficelle pour retrouver mon chemin saine et sauve.

L’attente

Chose certaine, je ne vous raconterai pas les 9 heures d’attente.  Vers minuit, ma nièce a abandonné, elle travaillait tôt le lendemain matin.  Heureusement, j’avais eu la vitesse d’esprit de me faire remplacer.

Vers 2 heures du matin, j’ai essayé tant bien que mal à m’installer pour roupiller un peu.  Je frissonnais. J’ai pensé que j’étais probablement fatiguée.  Je n’ai jamais pensé que je faisais de la fièvre ! Mais non !

J’ai somnolé, légèrement, à peine mais assez pour débuter un ronflement.  Vous savez, quand on se réveille en sursaut en se demandant si on ronfle ? Bien, au sourire des autres usagers à mon sursaut, je ronflais, c’est clair !

Siester

Je viens finalement à bout de me trouver une position légèrement confortable, à tomber dans un monde de vapeur.  Renée L’Abbé salle 7.

J’ouvre les yeux rapidement.  Mon cerveau me dit d’aller plus vite.  J’ai nettement l’impression qu’un des  usagers de la salle d’urgence a fait du macramé avec mes jambes.  C’est éternellement long à déplier, à me mettre debout. Je titube vers la salle 7. Enfin ! Je vais pouvoir dormir sur une civière confortable.  Êtes-vous déjà allé dans la salle 7 ?

Une fois, il y a fort longtemps.  C’est la salle pour faire les examens gynécologiques, test PAP ou encore victime d’agression.  Ce n’est pas une civière, c’est une table pour ausculter maudit viarge ! Juste assez large pour le corps mais, je dois retenir mes bras pour les empêcher de pendre, je ne peux pas m’assoupir, je vais tomber par terre ! Je suis frustrée !  Il est 3h15 du matin.

Par contre, étant une salle d’examen, on s’entend qu’il y a tout plein d’instrument intéressant pour s’amuser avec pendant cette période d’attente !

Arrivée du médecin

3h45.  La médecin finit par arriver ! Je grelotte littéralement sur le papier ciré.  Je me sens comme de la pâtisserie, en train de macaroner !

La docteure s’adresse à moi avec une affirmation, très sûre d’elle.  Elle a bien fait ses devoirs, elle a lu mon dossier médical avant d’entrer.  Je comprends maintenant pourquoi c’était si long, mon dossier est épais comme les pages jaunes de Montréal.

Dr : « Vous êtes sous coumadin. »
Moi : « Non »
Dr : « Ben oui, vous êtes sous coumadin! »
Moi : « NONNNN »
Dr : « Ben voyons madame, vous avez fait 5 embolies pulmonaires, vous êtes sous coumadin à vie ! »
Moi : « Non, la cause des embolies étant le Marvelon, contraceptif »
Dr : « ah ok ! je comprends, la cause étant retirée, vous êtes correcte. »
Moi : [fiouuu… je commencais à me demander si je devais me sauver!] « Exactement »
Dr : « Bon, qu’avez-vous? »
Moi : [l’infirmière tantôt, elle n’a pas pris de note?] et je réexplique pour la 3e fois ce que je vis.
Dr : «Je vais vous examiner »
Moi : [Envoye-donc, gâte-toi !]
Dr : « Vous avez mal? » En me trippotant l’abdomen.
Moi : [les yeux malins de douleur] « Ben oui ! C’est justement là que j’ai mal, la vessie ! »
Dr : « Ici ? »

Douleurs

Mes abdos se sont contractés à la vitesse de l’éclair. Elle me regarde et me demande ce qui se passe.

Moi : « Je vous l’ai dit tantôt que j’ai passé un écho pour un fibrome et vous venez de mettre le doigt drette dessus »
Dr : « C’est un coin du ventre qu’on aime pas voir de la douleur, l’appendicite … »
Moi : « Elle va bien, inquiétez-vous pas ! »
Dr : « Je vais écouter vos poumons et votre cœur »
Dr : « Respirez la bouche ouverte »
Moi : [RAAAAAAA…. RAAAAAAA]
Dr : « Encore »
Moi : [RAAAAAAA…. RAAAAAAA]
Dr : « Encore » en écoutant dans mon dos
Moi : (soupire) [RAAAAAAA…. RAAAAAAA]

Dr : « C’est quoi cette cicatrice ? »
Moi : [pendant une fraction de seconde, j’ai failli lui répondre, coup de couteau dans un bar] « Mélanome »
Dr : « Mélanooooome?? »
Moi : « ben, mélanome mélanome… de type 2 là »
Dr : maintenant en face de moi « Et vous avez survécu à ça aussi? »
Moi : [Elle la veut où mon autographe?] « Ca bien l’air que oui ! » [Je suis en avant de toi!]

Dr : « Deux solutions pour vous, vous avez effectivement une infection, soit vous demeurez 48 heures à boire beaucoup de liquide, si les symptômes ne disparaissent pas, vous revenez à l’urgence, sinon, je vous donne des antibiotiques »
Moi : [Elle me niaise ? Revenir attendre 9 heures pour une prescription?] Je vais prendre la prescription tout de suite, ça fait déjà 3 jours là, que je bois énormément de liquide et les symptômes s’aggravent! »
Dr : « Le problème avec les antibiotiques, vous pouvez développer une résistance »
Moi : « Inquiétez-vous pas, je n’ai pas l’intention de créer une résistance encore moins un putsch »
Dr : « Si les symptômes persistent, vous allez devoir revenir et repasser des tests pour savoir à quelle bactérie vous résistez… »
Moi : « Je ne résiste pas aux antibiotiques, je suis consentante et je peux même vous prédire une infection vaginale parce que vos antibios seront trop forts pour moi! »

Des pinules !

Et là, l’infirmière qui revient avec la prescription et son beau sourire m’informant que ma nièce a besoin, elle aussi d’antiobiotiques, que c’est important, c’est dangereux d’attaquer les reins.

Moi : [Pis le doc voulait me laisser encore 48 heures aux liquides ? J’ai déjà les reins en comporte qui me font mal…??]

Elle me donne un échantillon.  Go ! Vite dodo à maison… Dodo ? J’ai dormi 20 heures sur 24 heures, fiévreuse, mal partout… et ce, pendant deux jours !

Quand ma prochaine visite ? Pas avant une bonne vingtaine d’années, garantie !

Renée L’Abbé
4 juin 2012

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